La St Pierre

              L’importance de la dévotion des pêcheurs pour leur Saint Patron s’explique en partie par la crainte légitime que la mer inspire. Elle est le domaine des superstitions, des monstres marins et des peurs les plus folles. C’est aussi du large que sont survenus les plus grands fléaux de l’histoire maritime de la Provence : invasions, razzias barbaresques, épidémies de peste et de choléra.

                Les marins provençaux se sont tout naturellement tournés vers le premier évêque de Rome, vers celui qui deviendra le premier pape de l’église pour lui adresser leurs prières et leurs vœux. Les gens de mer invoquent aussi Saint Pierre pour les protéger de l’humeur fantasque et parfois mortelle de la Méditerranée. Derrière les peurs se cachent aussi les espoirs les plus fous, ils se révèlent par deux détails anodins mais caractéristiques de la tradition antiboise. Ce sont les petits poissons en métal argentés et les morceaux de filets qui pendent au cou de la statue de Saint Pierre afin qu’il accorde une bonne saison de pêche.

            Les fêtes patronales d’antan étaient exceptionnelles sur tout le pourtour littoral provençal. Qualifiées de fête-foire, elles attiraient une foule énorme autour de réjouissances qui pouvaient durer jusqu’à 7 jours. La ville d’Antibes Juan-les-Pins, naturellement portée par son histoire et son patrimoine maritime, célèbre dignement Saint Pierre, Patron des pêcheurs provençaux. En 2006, les fêtes qui lui étaient consacrées ont duré 4 jours avec des animations traditionnelles et festives. 

              Les fêtes de la Saint Pierre ont traditionnellement lieu le week-end qui précède le premier jeudi du mois de juillet, date officielle du commencement des fêtes de Notre Dame de Bon Port.


Notre dame de bon port

             Vers l’an mil le culte de la Vierge s’étend, les marins d’Antibes décident d’établir une chapelle à l’effigie de Notre Dame de Bon Port sur le plateau de la Garoupe ou se trouvait déjà l’oratoire de Saint Hélène. La Vierge devient la protectrice des marins. De plus Notre Dame de Bon Port est une Vierge à vœux : les marins ou leur famille la prie pour qu’ils reviennent en vie et qu’elle les protège. Ce serait au XIIIème que son culte atteint son apogée lors des épidémies de pestes bucoliques. Les Antibois ayant entendu que les Marseillais en priant la Bonne Mère, l’épidémie avait cessé. Les Antibois firent de même avec Notre Dame de Bon Port et quelques jours après l’épidémie s’arrêta.

          Sa statue est sculptée dans le tronc d’un figuier. La Vierge tient son fils dans la main gauche et la maquette d’un trois mâts dans celle de droite. Leurs têtes sont décorées par deux couronnes serties de pierres précieuses. La statue fait environ 1m20 pour 200 kilos.

Les différentes légendes à l’origine de la fête

La légende de Saint Louis

           Il paraitrait que la renommée de Notre Dame de Bon Port parvint jusqu’à Saint Louis et que ce roi partant en croisade se retrouva piégé dans une violente tempête. Il trouva refuge dans l’anse de la Garoupe et monta prier la Vierge afin qu’elle mette son expédition sous sa protection.  Ayant exaucé son vœux, les Antibois décidèrent de lui rendre hommage en faisant une procession.

La légende de l’ermite

                 La légende voudrait qu’après la construction de la chapelle, par une nuit orageuse, un ermite vint pour prier la Vierge. Cependant il trouva la niche, où devait être la statue de la Vierge, vide. Il fondit en larme et se lamenta. Soudain la Vierge couverte d’eau apparut et reprit sa place après lui avoir expliqué qu’elle venait de sauver tout l’équipage d’un bateau sauf le capitaine qui avait blasphémé. Le lendemain les matelots sauvés par la Vierge vinrent lui exprimer leur reconnaissance en organisant une procession pieds nus et jurèrent de revenir chaque année (voir annexe 4).

                 Selon la Corporation des Marins la fête aurait débuté vers 981 et selon Renaud Duménil daterait de  l’an 1016. Cependant comme c’est une fête ancienne on n’a pas réellement de certitudes.

                  Chaque année les fêtes commencent le jeudi qui suit la Saint Pierre (29 juin) . Le mercredi après-midi vers 14 heures on habille la Vierge en la parant de son manteau de cérémonie tout blanc brodé d’or (l’actuel a été effectué par les Carmélites de Nice) et de ses bijoux (offerts par les marins et ses fidèles). Dès six heures du matin, les cloches carillonnent annonçant que les pêcheurs et les marins sont à la Garoupe pour descendre la statue vénérée de Notre Dame de Bon Port de son sanctuaire à la Cathédrale. La descente de la Vierge se fait après la messe de communion et la bénédiction de la terre et de la mer.

                La « Bonne mère » est hissée sur un portique portée par dix marins en tenue traditionnelle et pieds nus. La tenue est composée d’un tricot marin, un pantalon blanc, une vareuse (vêtement du haut) et une taïole (ceinture).
               Devant les marins, ouvrant le cortège, on trouve les clairons, les tambours et le prêtre tenant la croix de Sébastopol (ancien prêtre de la chapelle de la Garoupe).
              Suivant la Vierge et les porteurs, il y a la foule des croyants qui prient et chantent des cantiques dont le chant des Marins  qui implore la protection de celle-ci.
             Sur le chemin, la procession s’arrête, la Vierge est posée sur des reposoirs. A chacun, une fillette de blanc vêtue et tenant un cierge l’attend pour dire son compliment (la plupart du temps elle monte sur une chaise pour être vue par tous). Ce compliment est rédigé pieusement par les parents, c’est davantage une prière (donc toujours différents). La prière finie, on offre un collier avec un cœur en or à la Vierge qu’on lui passe autour du cou.